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Les Nuits d’Étoilez-moi

Portrait d’étoile

Sirius, l’étoile la plus brillante de nos nuits : où et quand la voir

Par La Rédaction ✧ ÉTOILEZ MOI ✧ · · 5 minutes de lecture

Sirius, très brillante en haut à gauche d’un ciel dense d’étoiles traversé par la Voie lactée, vu de Paranal, au Chili
Sirius, en haut à gauche, dans un ciel dense traversé par la Voie lactée, vu de la route de l’observatoire de Paranal, au Chili. Image publiée en 2009. Photo ESO/Y. Beletsky · CC BY 4.0, recadrée

L’étoile Sirius est la plus brillante du ciel nocturne. Elle le doit à sa proximité, un peu plus de 8,6 années-lumière, et à sa puissance : environ 25 fois celle du Soleil. Depuis la France, elle se lève à l’est-sud-est et reste toujours basse : à Paris, elle ne dépasse jamais 24,4° de hauteur. Ce mardi 10 novembre, elle se lève à Paris à 23 h 34 ; de décembre à février, elle brillera dès la soirée.

D’où vient l’éclat de Sirius ?

Deux raisons s’additionnent : la proximité et la puissance. Sirius n’est qu’à un peu plus de 8,6 années-lumière. Avec sa compagne, elle forme le septième système d’étoiles le plus proche du Soleil. La lumière que vous voyez ce soir l’a quittée il y a un peu plus de 8,6 ans.

C’est aussi une étoile blanche, environ deux fois plus massive que le Soleil, qui rayonne environ 25 fois plus que lui. Canopus, la deuxième étoile la plus brillante, est bien plus puissante, mais 36 fois plus lointaine. Sirius nous paraît environ deux fois plus brillante qu’elle.

Étoile la plus brillante, Sirius n’est pourtant pas l’astre le plus brillant de la nuit. La Lune, Vénus, Jupiter et parfois Mars la surpassent. Vers le 25 novembre, Vénus, que l’on appelle l’étoile du Berger, brillera plus de vingt fois plus qu’elle.

Sirius, point très brillant, à droite de la nébuleuse de Gum, au-dessus de la coupole du télescope Hiltner
À Kitt Peak, en Arizona, Sirius brille à droite d’une grande nébulosité rosée, la nébuleuse de Gum ; plus à droite se dessine Orion. Pose longue, image publiée en 2025. Photo KPNO/NOIRLab/NSF/AURA/P. Horálek (Institute of Physics in Opava) · CC BY 4.0, recadrée

Quand et où la voir depuis la France ?

Tournez-vous vers l’est-sud-est : c’est là que Sirius se lève. Dans la nuit du mardi 10 au mercredi 11 novembre, à Paris, elle apparaît à 23 h 34. Elle atteint 11° à 1 h, 22° à 3 h, et culmine plein sud à 4 h 16, à 24°. En novembre, c’est donc une étoile de la seconde moitié de la nuit.

Elle devient ensuite une étoile du soir : le vendredi 15 janvier 2027, elle se lève dès 19 h 14 et passe au sud à 23 h 56. De décembre à février, la soirée est le meilleur moment pour la regarder.

Partout en France métropolitaine, elle reste basse : 24,4° au plus à Paris, 22,6° à Lille, 29,9° à Marseille, 31,3° à Ajaccio.

Pour la trouver, partez de la ceinture d’Orion et ses trois étoiles. Sirius se tient presque dans leur prolongement, à 21,7° d’Alnitak, la plus proche des trois. Avec Procyon et Bételgeuse, elle dessine le Triangle d’hiver, presque équilatéral. En été, elle quitte nos nuits, puis reparaît à l’aube vers la fin août.

Sirius, point très brillant entouré d’un halo, bas sur l’horizon à droite de l’observatoire Vera C. Rubin, dôme ouvert
Près de l’observatoire Vera C. Rubin, Sirius brille bas sur l’horizon, à droite du dôme ; ses pointes de lumière sont un effet de la photographie. Prise en avril 2025. Photo NSF–DOE Vera C. Rubin Observatory/NOIRLab/SLAC/AURA/P. Horálek (Institute of Physics in Opava) · CC BY 4.0

Pourquoi scintille-t-elle de toutes les couleurs ?

Une étoile brille d’une lumière stable. C’est l’air qui la trouble : ses poches de densité, de température et d’humidité différentes font osciller son image. Les planètes, petits disques, scintillent beaucoup moins.

Plus une étoile est basse sur l’horizon, plus elle scintille. Or, en France, Sirius reste toujours basse : de là sa réputation d’étoile qui scintille.

L’atmosphère agit aussi comme un prisme, qui sépare ses couleurs. Sirius paraît alors tantôt rouge, jaune, verte ou bleue, surtout près de l’horizon ou quand l’air est très agité.

Que voyaient en elle l’Égypte et la Grèce anciennes ?

En Égypte, Sirius s’appelait Sopdet ; les Grecs en ont fait Sothis. Comme tout astre, elle disparaît quand elle passe près du Soleil : environ 70 jours à la latitude de Memphis. Puis elle reparaît à l’est, juste avant l’aube : c’est son lever héliaque.

R. A. Parker le situe entre le 17 et le 19 juillet du calendrier julien, à Héliopolis et à Memphis. Les Égyptiens ont remarqué qu’il coïncidait à peu près avec le début de la crue du Nil : une coïncidence, et non une loi.

Leur année civile comptait 365 jours, sans jour ajouté : elle glissait d’un jour tous les quatre ans par rapport au lever de Sirius. Il fallait environ 1 461 de ces années pour que tout se retrouve : c’est le cycle sothiaque.

En Grèce, elle devient l’astre de la chaleur. Dans l’Iliade, Homère ne la nomme pas. Priam voit courir Achille, pareil à l’astre de l’arrière-saison, le chien d’Orion : le plus brillant, mais funeste, porteur de fièvre. Hésiode, lui, la nomme : dans ses Travaux et Jours, Sirius dessèche en plein été la tête et les genoux.

Son nom vient du grec Seirios : le dictionnaire grec de Liddell, Scott et Jones le donne pour l’étoile dont le lever, à l’aube, annonçait la saison des plus grandes chaleurs.

Notre mot « canicule » garde la trace de ce chien. Il vient du latin canicula, « petite chienne », qui désignait en astronomie Sirius ou le chien d’Orion. Ce sens est attesté dès le XIVe siècle selon le Dictionnaire du moyen français.

Vue d’artiste du système de Sirius : Sirius A, grand disque blanc à gauche, et Sirius B, petit point bleu à droite
Vue d’artiste : Sirius A à gauche et sa compagne Sirius B, une naine blanche, à droite. Les tailles et la distance ne sont pas à l’échelle. Illustration NASA, ESA and G. Bacon (STScI) · CC BY 4.0

Qui accompagne Sirius ?

Sirius n’est pas seule. Une compagne, Sirius B, tourne autour d’elle en 50,13 ans ; leur distance varie de 8,1 à 31,5 fois celle de la Terre au Soleil. C’est une naine blanche : environ la masse du Soleil, ramassée dans une boule un peu plus petite que la Terre.

Environ 10 000 fois moins brillante que Sirius A, elle se perd dans son éclat. Ni l’œil nu ni les jumelles ne la montrent : il faut un télescope.

Sa découverte fut une enquête. En 1844, Bessel conclut que Sirius est dérangée par un compagnon obscur. En 1862, Alvan Graham Clark, fils du constructeur de lunettes Alvan Clark, l’aperçoit dans une lunette qu’ils mettaient à l’essai. En 1915, Walter Adams photographie son spectre : un astre chaud et très dense. Le mot « naine blanche » ne naît qu’en 1922, sous la plume de Luyten.

Sirius A surexposée, traversée de pointes en croix, et Sirius B, minuscule point en bas à gauche, vues par Hubble
Vues par Hubble le 15 octobre 2003 : Sirius A, volontairement surexposée, et Sirius B, petit point en bas à gauche. Couleurs attribuées ; la croix et les anneaux viennent du télescope. Photo NASA, ESA, H. Bond (STScI), and M. Barstow (University of Leicester) · CC BY 4.0, recadrée

Ce soir, la lumière de Sirius aura voyagé un peu plus de 8,6 ans pour atteindre vos yeux : la même étoile dont l’Égypte notait le retour.

Pour aller plus loin

Vos questions

Pourquoi Sirius brille-t-elle autant ?

Elle est proche, à un peu plus de 8,6 années-lumière, et elle rayonne environ 25 fois plus que le Soleil.

À quelle distance de la Terre se trouve l’étoile Sirius ?

À un peu plus de 8,6 années-lumière : sa lumière met un peu plus de 8,6 ans à nous parvenir.

Sirius est-elle une étoile double ?

Oui. Sa compagne, Sirius B, une naine blanche, en fait le tour en 50,13 ans ; elle ne se voit qu’au télescope.

Sources

Faits vérifiés par la Rédaction auprès des sources suivantes, consultées le 24 octobre 2026.

  1. SIMBAD, fiche de Sirius

  2. Bond et al., le système de Sirius (2017)

  3. Bonnet-Bidaud et al., recherche de compagnons autour de Sirius (2000)

  4. ESA/Hubble, Sirius A et sa compagne (heic0516a)

  5. Observatoire Chandra, histoire de Sirius B

  6. Observatoire Chandra, les couleurs de Sirius

  7. NASA StarChild, le scintillement des étoiles

  8. CNES, dossier sur les étoiles

  9. NASA, fiches planétaires : Vénus, Jupiter, Mars

  10. UAI, catalogue des noms d’étoiles

  11. Liddell, Scott et Jones, Greek-English Lexicon, « σείριος » (Perseus)

  12. R. A. Parker, The Calendars of Ancient Egypt (1950)

  13. Censorinus, De die natali

  14. Homère, Iliade, XXII (Perseus)

  15. Hésiode, Travaux et Jours (Perseus)

  16. CNRTL, « canicule »

  17. Calculs de la Rédaction (JPL Horizons ; formules de Jean Meeus), le 24 octobre 2026

La Rédaction ✧ ÉTOILEZ MOI ✧

Chaque fait de cet article est vérifié auprès des sources citées ; nous les relisons à chaque mise à jour. Comment travaille la Rédaction

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