L’étoile du Berger n’est pas une étoile : c’est Vénus

L’étoile du Berger, c’est la planète Vénus : au sens de l’astronomie, ce n’est pas une étoile, car une planète n’émet pas de lumière propre. Devenue étoile du matin le 24 octobre, elle se montre à l’aube, à Paris, entre le 2 et le 4 novembre, très bas d’abord. Le dimanche 8 novembre, elle se lève à 5 h 56, près de deux heures avant le Soleil.
Pourquoi l’étoile du Berger n’est-elle pas une étoile ?
Une planète n’émet pas de lumière propre : Vénus brille de la lumière du Soleil, que renvoient ses nuages. L’appeler « étoile » est donc, pour l’astronomie, une erreur de vocabulaire.
L’usage ancien était plus indulgent. L’astronomie d’autrefois nommait les planètes « étoiles errantes », par opposition aux « étoiles fixes ». Errante, Vénus l’est bien : elle se déplace d’un jour à l’autre, quand l’étoile Polaire ne bouge presque pas.
Dans tous les dictionnaires de nos sources, « étoile du Berger » ne désigne que Vénus. Celui de Trévoux la distinguait déjà, en 1771, de l’étoile polaire. Rien de commun, donc, avec l’étoile Polaire, une véritable étoile presque immobile.
Pourquoi l’appelle-t-on l’étoile du Berger ?
L’expression est déjà courante au début du XVIIIe siècle. En 1718, le Dictionnaire de l’Académie française note qu’on appelle communément Vénus l’étoile du Berger. L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert rapporte, de son côté, que le peuple, en France, la nomme ainsi.
Mais pourquoi le berger ? Aucun de ces dictionnaires ne l’explique. Selon le Larousse du XIXe siècle, les bergers l’observent sans peine, car elle se montre tôt le soir ou très tard le matin.
Dans « Les Étoiles », un conte des Lettres de mon moulin, Daudet fait parler un berger. Selon lui, elle éclaire à l’aube quand on sort le troupeau, et le soir quand on le rentre. C’est une belle explication populaire, non une certitude.
Un poète a gardé l’image. Dans « Watteau » (Le Chariot d’or, 1900), Albert Samain écrit : « Au-dessus des grands bois profonds / L’étoile du berger s’allume… »
L’étoile du soir et celle du matin sont-elles le même astre ?
Oui, et il a fallu le comprendre. En Mésopotamie, à l’époque d’Akkad, vers 2300 avant notre ère, la déesse Inana, Ishtar en akkadien, est dans son aspect astral la planète Vénus. Étoile du matin et du soir, elle a pour symbole une étoile à huit branches.
La tablette de Vénus d’Ammisaduqa consigne ses apparitions et ses disparitions sur une vingtaine d’années. Son texte remonte vers le XVIIe siècle avant notre ère, une date discutée à plus d’un siècle près.
Dans l’Iliade, Homère chante Hespéros, « la plus belle des étoiles », et Héosphoros, qui annonce la lumière avant l’Aurore. Selon Hésiode, dans la Théogonie, l’Aurore enfante l’astre Éosphoros. Aucun de ces textes ne dit qu’il s’agit du même astre.
Diogène Laërce attribue la découverte tantôt à Pythagore, tantôt à Parménide : la tradition hésite entre les deux. Chez Cicéron, dans De la nature des dieux, tout est clair : une seule étoile, Phosphoros quand elle précède le Soleil, Hespéros quand elle le suit. Les Mayas, eux, ont tracé dans le Codex de Dresde des tables de Vénus, réglées sur un cycle de 584 jours.

Quelle planète se cache derrière cette lumière ?
Vénus est presque de la taille de la Terre : 12 104 kilomètres de diamètre, contre 12 756 pour notre planète. La NASA l’appelle parfois le « jumeau » de la Terre, pour la taille et la structure, non pour le climat.
Sous ses nuages d’acide sulfurique règne un enfer : environ 465 °C au sol, plus que sur Mercure, et une pression d’environ 90 fois celle de l’air terrestre. Son atmosphère est faite à 96,5 % de gaz carbonique.
Elle fait le tour du Soleil en 224,7 jours, à 108 millions de kilomètres de lui en moyenne. Elle tourne sur elle-même en 243 jours par rapport aux étoiles, et à l’envers : le Soleil s’y lèverait à l’ouest. De midi à midi, il s’y écoule environ 117 jours. Vénus n’a aucune lune.
Après le Soleil et la Lune, c’est l’astre le plus brillant du ciel. Ses nuages renvoient plus des trois quarts de la lumière solaire, et elle passe à 38 millions de kilomètres de nous au plus près.
Galilée, le premier, a vu ses phases au télescope, au début des années 1600 : une preuve clé que les planètes tournent autour du Soleil. Elle passe parfois devant le Soleil : le dernier passage remonte à juin 2012, le prochain aura lieu le 11 décembre 2117.


Pourquoi la voit-on avant l’aube cet automne ?
Son orbite est à l’intérieur de celle de la Terre. Vénus ne s’écarte donc jamais du Soleil de plus de 47° environ. On la voit le matin avant le lever du Soleil, ou le soir après son coucher, jamais haut au milieu de la nuit.
Étoile du soir cet été, elle s’est trouvée au plus près du Soleil, vue de la Terre, le samedi 24 octobre : elle était alors invisible. Passée à l’ouest du Soleil, la voici étoile du matin jusqu’en août 2027, pour environ neuf mois. Elle s’en écartera le plus le dimanche 3 janvier 2027, à près de 47°.
Son éclat suit un jeu subtil : Vénus s’éloigne de nous, mais son disque s’éclaire. Le 8 novembre, ce n’est encore qu’un croissant, éclairé à 7 %, à 45 millions de kilomètres. Son plus grand éclat viendra autour du 25 novembre : plus de vingt fois celui de Sirius, la plus brillante des étoiles. Selon nos calculs, Vénus n’aura pas brillé autant en 2026.
Vénus porte ce nom tendre depuis plus de trois siècles.
Pour aller plus loin
- Observer votre étoileQuelques gestes simples pour lever les yeux et reconnaître le ciel, un soir de ciel clair.
- Les constellations et la mythologieLa page de référence de la maison sur les récits que le ciel a inspirés.
Vos questions
Qu’est-ce que l’étoile du Berger ?
C’est la planète Vénus, appelée aussi étoile du matin ou étoile du soir. Au sens de l’astronomie, ce n’est pas une étoile : elle n’émet pas de lumière propre.
L’étoile du Berger est-elle l’étoile Polaire ?
Non. L’étoile du Berger désigne Vénus, une planète qui se déplace d’un jour à l’autre ; la Polaire est une étoile presque immobile.
Quand voir Vénus le matin ?
À Paris, elle se lève à 5 h 56 le 8 novembre et à 4 h 47 le 25 novembre. Une demi-heure avant le Soleil, cherchez-la à l’est-sud-est le 8, au sud-est le 25.
Sources
Faits vérifiés par la Rédaction auprès des sources suivantes, consultées le 24 octobre 2026.
Wikisource, Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, articles « Hesperus » et « Phosphorus »
Perseus (université Tufts), Homère, Iliade : chant XXII et chant XXIII
Perseus, Hésiode, Théogonie
Perseus, Diogène Laërce, livre VIII et livre IX
The Latin Library, Cicéron, De la nature des dieux II
Calculs de la Rédaction (JPL Horizons ; formules de Jean Meeus), le 24 octobre 2026
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